Village de Nianiane (2)   © Paula Loudenslager  

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Nianiane, un village paradis ?

Nianiane est un petit village situé à 7 km de Niakhar via une piste de terre battue.

Le Chef du village est Louis Dione qui assume ses responsabilités tout en douceur et en finesse.


La langue locale est seereer. Aliou Faye (ci-dessous), originaire du village et instituteur à Sanghaïe, assure les traductions lorsqu'il est présent au village.

La population du village fluctue très fort en fonction des saisons.

En saison humide (ou hivernage, de juillet à novembre), c'est la culture du mil, céréale traditionnelle et omniprésente dans l'alimentation des villageois. C'est la période de congé scolaire et toute la population est mobilisée à l'entretien et la récolte de cette céréale. Durant cette période, la population avoisine les 400 personnes.

En saison sèche, le travail vient à manquer (plus de culture, pas d'élevage, pas d'artisanat, pas d'école moyenne ni supérieure accessible à proximité). Le village se vide de sa jeunesse et la population retombe alors à environ 200 personnes.

Lors de ma première visite, le 15 août 2001, un état des lieux a été dressé pendant plus de 3 heures par les habitants. Il s'en est dégagé un plan d'urgence qui est maintenant réalisé. Ce plan porte essentiellement sur 3 points :

  • L'approvisionnement en eau (le puits d'eau douce le plus proche est à 2 km)
  • Le problème de la malaria
  • Le problème social et d'hygiène dû au manque d'équipement (latrines)

Contrairement à certains qui considèrent qu'en Afrique, rien ne presse et qu'il faut aller à "leur" rythme (celui-ci étant manifestement considéré comme lent), j'ai appliqué une approche plus globale en mettant en parallèle les besoins et les moments auxquels ils doivent être réalisés.

Le mois d'août étant le début de la saison des pluies et donc présentant un risque grandissant concernant la malaria, la réalisation de 250 moustiquaires fut entreprise sur le champ.

Etant en saison humide, le problème de l'eau pouvait être légèrement différé, mais devait être résolu avant l'arrivée de la saison sèche afin de permettre le maraîchage et le petit élevage.

Enfin, au fil de l'avancement de la saison sèche, le couvert végétal diminue rendant plus prégnant le problème des latrines. Leur réalisation est maintenant terminée.

Le village a donc déjà fait et continue à faire l'objet de nombreux projets. Vous pouvez obtenir le détail de chaque projet simplement en cliquant sur son nom. Les termes en jaunes signalent qu'un dossier existe sur ce sujet.

Remarque: 1 euro vaut approximativement 650 XOF (XOF = franc CFA, celui-ci étant au cours de l'ancien franc français). Des donateurs sont les bienvenus pour les projets marqués X.

Projets à Nianiane
Nom Libellé Etat Coût Donateur
Nianiane01 Réalisation par des tailleurs locaux de 250 moustiquaires afin de couvrir la totalité des lits du village Terminé 1.125.000 CFA
1.730 euros
RMD
Nianiane02 Réalisation par un menuisier local de 30 bancs d'église Terminé 155.000 CFA
240 euros
RMD
Nianiane03 Fournitures scolaires pour l'année 2001-2002 pour les 50 élèves du village fréquentant l'école primaire Terminé 130.000 CFA
200 euros
RMD
Nianiane04 Dépôt d'un fond de garantie pour la création d'une case de santé dans le village Terminé 100.000 CFA
155 euros
RMD
Nianiane04/1 Construction du bâtiment nécessaire à l'hébergement de la case de santé En attente ? X
Nianiane05 Analyses de sols dans les parcelles pressenties pour le maraîchage Terminé 6.000 BEF
149 euros
RMD
Nianiane06 Achat de nombreuses variétés de semences (issues de culture biologique) pour effectuer des essais de cultures maraîchères durant la saison sèche Problème 13.500 BEF
335 euros
RMD
Nianiane07 Achat de divers livres sur le compostage et la culture maraîchère Terminé 2.730 BEF
68 euros
RMD
Nianiane08 Elevage de 250 poules pondeuses Fonctionne 1.000.000 CFA
1.540 euros
Mr ABJM de Bruxelles
Nianiane09 Placement d'une pompe à main sur le forage du village Fonctionne 835.000 CFA
1.285 euros
Mr ABJM de Bruxelles
Nianiane10 Achat d'une clôture provisoire, de fil et d'une pince afin de protéger le site de pompage des animaux errants Terminé 50.000 CFA
77 euros
RMD
Nianiane14 Réalisation d'une quarantaine de systèmes hygiéniques intégrés (shi) (latrines sèches ventilées) dans le village (un par famille) avec suivi du projet sur 8 ans Terminé Terminé RMD
Nianiane18 Achat et installation d'un moulin à mil écologique et formation de plusieurs conducteurs de ce moulin Problème 860.000 CFA
1.320 euros
X
Nianiane19 Moyen de transport scolaire des enfants vers les différentes écoles Fonctionne 300.000 CFA
460 euros
RMD
Nianiane20 Fournitures scolaires pour l'année 2002-2003 pour les 50 élèves du village fréquentant les écoles primaires Terminé 130.000 CFA
200 euros
RMD
Nianiane21 Réalisation par les villageois d'une mutuelle de santé dans le but de soigner plus tôt les affections pouvant devenir graves Fonctionne A l'initiative des habitants eux-mêmes

Projet Nianiane01

Moustiquaires

Comme présenté dans la page générale, j'étais dans le village de Nianiane pour la première fois le mercredi 15 août 2001, au début de la saison des pluies. A ce moment, les moustiques étaient déjà très abondants.

Vu la période et le processus de dissémination, il était urgent que la population du village puisse disposer au plus vite de moustiquaires, ou plus exactement de 250 moustiquaires afin de pouvoir couvrir tous les lits du village.

Imprégnation or not imprégnation? That's the question! Nous nous sommes renseignés afin de faire imprégner les moustiquaires que nous allions fabriquer. Il nous a été répondu que le produit ne pouvait pas s'acheter séparément car l'imprégnation est toxique et doit se faire par des personnes formées à cela.

Lorsque nous avons soumis le problème au Chef du village, il nous a dit qu'il désirerait avoir les moustiquaires afin de se prémunir contre les moustiques, qu'elles soient imprégnées ou non.

En ce qui me concerne, mais ceci n'engage que moi et il faudra que je me renseigne plus avant sur ce sujet, je me demande si l'imprégnation est une bonne chose, et ceci pour deux raisons. Le produit utilisé est un répulsif toxique. Je me sentirais mal de respirer cette substance 8 heures par jour. D'autre part, ce concept de lutte chimique nous fait entrer dans la spirale "je te repousse avec un produit chimique auquel tu t'adapteras mais j'en trouverai un plus puissant demain". Cette spirale n'apparaît pas lorsqu'on s'en tient à des systèmes purement physiques, telle la barrière assurée par une toile de tulle (à condition qu'elle soit bien utilisée, ce qui n'est pas nécessairement le cas).

Une étude statistique comparant les cas de malaria à Nianiane cette année par rapport aux années précédentes serait fort intéressante. Il serait également intéressant de comparer les cas de malaria à Nianiane par rapport aux villages environnants cette année et les années précédentes.

Tranche de vie : L'histoire des moustiquaires

Nous apprenons le mercredi qu'il faut 250 moustiquaires au village.

Mahécor et moi allons le jeudi au centre de santé de Niakhar afin d'acheter les 250 moustiquaires imprégnées nécessaires. Le stock est vide.

Nous nous rendons le vendredi, l'infirmier, Mahécor et moi, au dispensaire de Fatick afin de nous procurer ces moustiquaires.

L'UNICEF fournit en effet chaque année aux centres de santé du Sénégal des milliers de moustiquaires à un prix très abordable pour la population.

Après plus de 5 heures d'attente, nous nous rendons à l'évidence: nous n'aurons pas de moustiquaires à Fatick.

L'après-midi, Mahécor téléphone dans toute la région et même à Dakar: aucune moustiquaire à l'horizon. Mais où sont donc toutes ces moustiquaires? Lors d'un des coups de téléphone, quelqu'un lui dit que le seul moyen est de les fabriquer lui-même.

Cette idée trotte dans nos têtes et nous réunissons le soir 1 tailleuse et 3 tailleurs de Niakhar.

Discussion à propos du tissu, du métrage, du fil, des machines à coudre,... Un "plan" est conçu.

Le samedi tôt le matin un tailleur, Mahécor et moi prenons le bus pour Dakar. Objectif: ramener du tulle, du fil et faire réparer le moteur d'une des machines à coudre.

Nous trouvons enfin ce qu'il nous faut, des bobines de 100 mètres en 3 mètres de large. Nous achetons un kilomètre et demi de tissu (près d'un demi hectare de tulle). Encore faut-il rapatrier ces 15 bobines de tissu de Dakar à Niakhar...

Le dimanche matin, après de longues réflexions et discussions (le tulle est extensible dans un sens du tissu mais pas dans l'autre, ce qui est important pour l'assemblage des différents morceaux, de plus, il faut nécessairement faire une moustiquaire pour lit double dans une longueur de 6 mètres de tissu), 3 modèles différents de moustiquaires sont confectionnés. Nous allons les faire essayer au village afin que les villageois choisissent le modèle le plus approprié.



La découpe du tulle

L'après-midi, la confection commence. En fin de journée, 31 moustiquaires sont terminées et conduites directement au village. Le chef du village se charge de la distribution.



Les 4 tailleurs à l'ouvrage

Le lundi soir, 72 moustiquaires sont terminées et conduites au village. Nous avons les premiers commentaires.

  • Le chef du village ne se souvient plus avoir fait la grasse matinée depuis longtemps
  • Le catéchiste a failli rater l'heure de la prière. Sa femme l'a réveillé 5 minutes avant le moment où il devait sonner la cloche.

Ces commentaires nous font plaisir et nous stimulent.

Le mardi, 80 moustiquaires sont réalisées et conduites au village.



Chargement des moustiquaires pour le village

Le mercredi, 67 moustiquaires sont conduites au village: mission accomplie. Le groupe a fonctionné parfaitement, tout le monde félicite tout le monde.

Le jeudi, cérémonie d'adieu. Des moustiquaires sont remises symboliquement par le Chef du village aux tailleurs et à Mahécor en remerciement du travail accompli. Je reçois un magnifique pagne de fabrication locale.



Le Chef du village remet symboliquement une moustiquaire à Mahécor

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Projet Nianiane02

Bancs d'église

Sur la photo ci-dessus, vous pouvez voir une partie de l'église Saint-Maurice du village et les nouveaux bancs qui vont y être installés.

Le village de Nianiane compte environ 60 % de Chrétiens et 40 % de Musulmans vivant en parfaite harmonie.

L'église a été construite il y a une quinzaine d'années et, durant tout ce temps, le mobilier s'est peu à peu dégradé au point de ne plus comporter que deux bancs.

Le catéchiste (l'homme au bonnet blanc sur la photo) regrettait de ne pouvoir exercer son culte dans de bonnes conditions étant donné le manque de bancs.

La réalisation de 30 bancs pour l'église a été confiée au menuisier de Niakhar, artisan habile qui a travaillé à la satisfaction générale et dans les plus brefs délais.

Les bancs ont ainsi pu être apportés au village pour la cérémonie d'adieu du jeudi (voir moustiquaires).

Les deux photos ci-dessous nous montrent l'intérieur de l'église avant et après l'installation des bancs.



Avant


Après

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Projet Nianiane06

Maraîchage

Une phrase m'avait frappé lors de ma visite d'août 2001:

  • "Nous n'avons pas d'élevage, pas de maraîchage, pas de produits de la mer. Depuis l'âge de 5 mois jusqu'au jour de notre mort, nous mangeons du mil."

Ce manque de diversité dans l'alimentation entraîne des carences alimentaires.

L'obtention de produits de maraîchage permettrait de combattre cette malnutrition, mais aussi fournirait un revenu substanciel aux villageois (vente au marché de Niakhar).

Maintenant qu'une pompe est installée et que des analyses de sol ont été réalisées, des essais de maraîchage vont pouvoir démarrer.

Etant donné le peu de semences autochtones, il a bien fallu importer des semences européennes, mais, dans le respect de la nature, ces semences sont d'origine biologique.

Une centaine de semences différentes vont être testées : différentes variétés de choux, tomates, oignons, salades, ...

Les variétés vont être réparties en fonction de l'expérience des différentes familles. Les variétés d'oignons à tester seront confiées aux familles qui ont l'habitude de cultiver les oignons, idem pour les carottes,...

Les résultats de ces tests permettront de sélectionner les variétés les plus appropriées au sol et au climat.

Les cultures vont commencer en janvier 2002 (car il faut le temps de confectionner de petites clôtures pour les protéger des animaux errants) et les résultats sont attendus avec impatience.



Lors de mon séjour à Pâques 2002, il s'est malheureusement avéré que les plantes ne poussaient pas.

D'une part, l'arrosage provoque la formation à la surface du sol d'une croûte dure comme du béton, d'autre part, la graine germe jusqu'à avoir deux ou quatre feuilles, se dessèche et meurt.

Suspectant la ponte de mouches ou de papillons de nuit, des moustiquaires à légumes ont été frabriquées et utilisées. Mais un résultat identique est apparu.

La rencontre, à la foire àgricole de Dakar, de deux associations sénégalaises de maraîchage biologique va permettre de lancer ce type de culture dans le village.

Pour plus de détails, reportez-vous au dossier "Maraîchage".

Aux dernières nouvelles, il semblerait que la salinité de l'eau du forage soit trop élevée pour que cette eau permette aux plantes de pousser. Il paraît qu'un vaste projet de désalinisation de l'eau est à l'étude pour l'ensemble de la région.


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Projet Nianiane07

Fournitures de livres sur le compostage et le maraîchage

Les analyses de terrain ont montré un sol trop sablonneux et pauvre en humus et en éléments chimiques de base (Azote, Phosphore et Potasse).

Ceci confère au sol des qualités de légèreté et de ressuiement, mais il est peu apte à nourrir les plantes qui y pousseront.

Le moyen le plus simple et le plus naturel de combattre ces carences est de lui founir du compost.

Les déchets décomposés lui fourniront les substances organiques nécessaires (humus) et seront à même de restaurer la structure grumeleuse permettant d'obtenir un sol aéré retenant mieux l'eau et les substances minérales. La microfaune si importante à la restauration de la structure y trouvera les substances nécessaires à son développement.

De plus, les substances organiques seront à même de retenir phospore et potasse en évitant leur lessivage.

Les substances azotées se transformant petit à petit alimenteront les racines au fur et à mesure de leur besoin sans être entraînées vers la nappe phréatique.

Le compost sera aussi apte à restituer au sol les oligo-éléments nécessaires à la bonne croissance des plantes.

Tous ces effets ne pourraient être fournis par une fumure chimique. Dans l'intérêt des populations et de la nature, ce type de fumure sera d'ailleurs évité.

Dans le même ordre d'idées, des luttes naturelles contre les maladies et les prédateurs sont envisagées.

Pour plus de détails, reportez-vous au dossier "Maraîchage".


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Projet Nianiane08

Elevage de poules pondeuses

Dans le même ordre d'idées que le maraîchage, l'élevage de poules pondeuses à deux buts :

  • Lutter contre la malnutrition en diversifiant l'alimentation
  • Procurer aux habitants du village un revenu extérieur leur permettant une certaine indépendance financière

Ce nouvel élevage est coûteux car il démarre de zéro. Il faut

  • Construire un poulailler pour préserver les poules des prédateurs
  • Acheter toute l'alimentation alors que dans les années ultérieures, il sera possible de cultiver une partie des céréales dont les poules ont besoin
  • Acheter tout l'élevage alors que dans les années ultérieures, une partie des poules pourront couver afin de renouveler le cheptel.

En avril 2002, les villageois ont acheté 250 poussins. Ils en reçurent 259 dont seulement 2 périrent en bas âge. Deux autres poulettes périrent au début de la saison humide. Le poulailler compte donc à présent 255 futures poules pondeuses. Les villageois attendent les premiers oeufs pour octobre 2002.


Vue d'ensemble du poulailler.


Le fils du chef du village nous présente deux jolies poulettes.

Bonne nouvelles au cours du voyage de la Toussaint 2002: les poules ont commencé à pondre et un total de ... 4.000 oeufs a déjà été récolté. Ces oeufs "communautaires" ont servi pour l'alimentation du village (les habitants les achètent et l'argent va dans un fond d'entretien du poulailler et d'alimentation des poules). De nombreux oeufs ont été aussi vendus à Niakhar et à Fatick, assurant une rentrée d'argent frais au village, ce qui permet de compenser en partie le manque à gagner dû à la culture de l'arachide.


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Projet Nianiane09

Installation d'une pompe sur le forage

Ce qui suit est très long mais, je pense, très instructif.
Un projet est quelque chose de complexe
Il y a intérêt à le construire avec prudence sur des bases solides
Si on ne veut pas qu'il se termine à l'instar de ce château d'eau.


Le château d'eau de Bambey ...
Mieux qu'à Pise !

En août, septembre et octobre...


La quête de l'eau, jour et nuit.

Le village de Nianiane compte environ 400 habitants en saison des pluies ce qui fait une consommation estimée à 8.000 litres d'eau douce par jour.

Or, le seul point d'approvisionnement en eau douce était le puits de Mboudaye à 2 km du village. Dans ce puits, l'eau est à 8 mètres de profondeur et doit être extraite avec une poche de quelques litres attachée à une corde.

L'occupation essentielle de chaque famille était d'assurer l'approvisionnement journalier en eau grâce à de petites charrettes tirées par des ânes ou des chevaux.

Lors de ma visite d'août 2001, le problème essentiel soulevé était cet approvisionnement en eau qui épuisait les habitants. "Notre problème, c'est l'eau et l'eau et l'eau." Il était plus qu'évident que la situation avait atteint un seuil critique.

A ma grande surprise, j'ai appris qu'un forage de près de 300 mètres de profondeur délivrant une eau douce de qualité existait bel et bien depuis 7 ans dans le village mais n'était pas exploité.

J'ai demandé pourquoi ce forage n'était toujours pas en fonction. Avant d'entreprendre des frais, il était intéressant de savoir si, pour des raisons administratives ou autres, une pompe et un château d'eau ne s'étaient pas égarés en cours de route.

En fait, les villageois n'en savaient trop rien. Ils décidèrent de se renseigner au plus tôt à Fatick, auprès du bureau régional du maître d'oeuvre du forage.

Quelques jours plus tard, nous rencontrons le responsable de Fatick qui, après recherche, ne trouve pas la fiche technique du forage.

Il faut savoir que cette fiche technique est essentielle pour installer une pompe motorisée. Il faut en effet connaître le niveau statique de l'eau, à savoir le niveau d'eau lorsque le forage n'est pas en exploitation, et également le niveau dynamique, c'est-à-dire le niveau auquel descend l'eau quand on pompe (cette différence de hauteur s'appelle le rabattement). Le rabattement varie aussi en fonction du débit de pompage. Il s'agit donc de données complexes et essentielles qui sont analysées juste après le forage d'un puits.



Etude en cours des caractéristiques d'un forage près de Ker Madiabel

En conséquence, sans fiche technique, il est hasardeux d'installer un système de pompage définitif sur un forage. On risque de se retrouver avec la pompe désamorcée.

Le responsable nous signale qu'il va dans deux jours à Dakar et qu'il y trouvera cette fameuse fiche technique. Nous proposons de l'accompagner.

La fiche technique n'est trouvée ni au siège de l'organisme à Dakar, ni au Ministère de l'Hydraulique.

Nous obtenons, 2 jours plus tard, un rendez-vous avec un haut fonctionnaire du Ministère de l'Hydraulique, Monsieur Abdoulaïe Sene qui, malgré ses occupations, nous reçoit fort aimablement. Malgré sa bonne volonté, la fiche reste introuvable.

Après plusieurs coups de téléphone et le regroupement de renseignements épars, il semblerait que le niveau de l'eau soit à une quarantaine de mètres de profondeur.

Mon séjour se soldera donc par un échec au niveau de l'approvisionnement en eau. Je rentre en Belgique avec l'assurance du responsable d'obtenir les coordonnées techniques du forage sous peu. Mais rien en viendra.

En ce qui me concerne, après avoir constaté l'état d'épuisement de la population, il est hors de question de laisser cette affaire en suspend. Je reprends directement un billet d'avion pour le congé de Toussaint, deux mois plus tard.

Durant ces deux mois, j'essaie d'envisager toutes les solutions possibles pour l'approvisionnement du village en eau:

  • Mettre sur pied un groupe de jeunes qui se chargerait d'approvisionner l'ensemble du village grâce à des cuves tirées par des ânes. Je finis par avoir le renseignement qu'un âne ne peut tirer qu'un poids maximum de 200 kg. Il faudrait donc à un âne 40 aller-retour par jour pour subvenir aux besoins. En comptant 1 heure 30 par trajet, cela fait 60 heures de travail par jour. Même en prenant 10 ânes, cette solution reste impraticable.
  • Construire un aqueduc entre le puits et le village. Cette solution nous est déconseillée étant donné l'évaporation intense dans la région. De plus, la construction de ce genre d'ouvrage est délicate et la topographie précise du terrain nous est inconnue,... Cette solution est abandonnée.
  • Construire une canalisation souterraine avec une pompe sur le puits. Le manque de renseignements sur la topographie du trajet, le coût et les risques d'obstruction sont dissuasifs.
  • Divers systèmes mécaniques, à bras et/ou à pieds, pour extraire l'eau du forage, mais remonter de l'eau de 45 mètres nécessite une énergie importante.
  • Des panneaux solaires. Mais le coût (étant donné la puissance nécessaire) et l'urgence de la situation ne permettent pas cette solution.

Finalement, il semblerait que le système classique "groupe électrogène-pompe immergée" soit la seule solution raisonnable, bien qu'elle pose le problème de l'entretien du matériel et de l'approvisionnement en carburant. Un courrier est envoyé sur place pour demander tous les renseignements nécessaires à l'installation d'une telle solution, mais les difficultés de communication font que ces renseignements ne m'arriveront jamais. L'achat du matériel en Belgique et son envoi par avion devenant impossible, la décision fut prise d'acheter ce matériel au Sénégal lorque la situation serait éclaircie. Ces achats sont préparés en prenant contact avec une importante firme de matériel à Dakar.

La construction d'un château d'eau artisanal est envisagée ainsi que l'installation d'une adduction d'eau vers plusieurs bornes fontaines. Une étude topographique du terrain sera indispensable. Le mari de ma collègue Isabelle me rafraîchit la mémoire concernant la manipulation d'une lunette topographique et le relevé de niveaux. Vu le prix de ce type de matériel, je construis une lunette artisanale qui, ma foi, donnait des résultats très convenables grâce à une boîte à vis de récupération, un morceau de bois et quelques bouts d'aluminium.

La Toussaint 2001

Tout le village m'attendait lors de mon arrivée le lundi, la réunion a commencé directement. Dès que le problème de l'eau est abordé, les villageois décident sur le champ de retourner voir le responsable qui avait promis la fiche technique et n'avait pas tenu sa promesse.

Le responsable nous reçoit, nous montre les caractéristiques de tous les forages avoisinants, mais la fiche technique du forage de Nianiane est toujours introuvable. Il part du principe que le forage de Nianiane doit avoir les mêmes caractéristiques que les forages avoisinants.

Après dicussion, les villageois décident de retrouver l'ingénieur qui avait conduit le forage, Gaston Bonnaires. Il est en campagne de forage près de Ker Madiabel, au-delà de Kaolak. Le lendemain, nous partons à sa recherche.

Gaston Bonnaires nous livre une foule de renseignements essentiels, et notamment que chaque forage a son identité. Il serait donc risqué de se baser sur un autre forage pour déterminer les caractéristiques du forage de Nianiane. Il pense avoir un double de la fiche techniques chez lui dans ses archives. De toute façon, il nous promet de se renseigner pour savoir où on pourrait trouver la fiche technique à Dakar.

Le mercredi, réunion au village avec le responsable et Gaston Bonnaires. Celui-ci nous indique l'endroit où nous pourrions trouver la fiche technique, mais le responsable signale qu'il a déjà fait cette démarche et qu'il n'a rien trouvé. Le mystère s'épaissit.

Le mercredi après-midi, après de longues discussions, les habitants décident d'ouvrir le forage fermé depuis 7 ans. C'est avec une émotion certaine que le bouchon est ouvert au burin et au marteau. Et là, oh surprise, il s'avère que l'eau est à 2 mètres 50. En l'espace de quelques secondes, les études et projets faits depuis plusieurs mois volaient en éclats: les conditions étaient totalement différentes de celles attendues.

Un peu d'eau est extraite et gouttée par les personnes intéressées. Le chef du village décline l'invitation, il se souvient du goût qu'elle avait il y a 7 ans.

De nouveaux plans sont échafaudés, y compris la possibilité de siphonner le forage dans une cuvette située en contrebas dans la vallée. Malheureusement, les relevés de terrain montreront que la différence de niveau n'est pas suffisante.

Un relevé de terrain montre que le point culminant du village se trouve à 100 mètres de là, et 2 mètres plus haut que l'embouchure du forage. Il suffit donc de relever l'eau de 4m50 plus la hauteur du château d'eau, ce qui est tout à fait envisageable pour une pompe à force musculaire.

Des contacts sont pris afin de comparer différents types de pompes, à pied et à main.

Une pompe à main de type autrichien est commandée. Il s'agit d'une pompe foulante (la pompe se trouve dans l'eau au bout du tuyau). Le corps et les tuyaux sont en inox, les soupapes sont remplacées par 2 grosses billes en acier inoxydable, ce qui rend l'entretien de la pompe quasi inexistant. 12 mètres de tuyau sont installés afin d'éviter tout problème en cas de fluctuation saisonnière du niveau d'eau dans le forage. Son débit oscille entre 5 et 8 m3 à l'heure en fonction de la profondeur de l'eau.

Caritas qui se charge de l'installation s'engage à effectuer le soubassement en maçonnerie au plus tôt et à installer la pompe endéans la semaine. Les tractations sont conclues mais il faut que je reparte, je ne verrai donc pas la pompe en fonctionnement.

Caritas s'engage aussi à effectuer l'analyse de la teneur en fluor de l'eau du forage afin de vérifier les risques de fluorose (dents brûlées, voir projet Niakhar01).

Cette pompe a pu être installée grâce au don de Monsieur J. M. de Bruxelles.

Retour

Un coup de téléphone à Monsieur Gaston Bonnaires m'apprend qu'il n'a pas copie de la fiche technique du forage dans ses archives. Cela devient bien étrange. Aurait-on tout simplement oublié de la rédiger ou de tester les caractéristiques du forage?

Début décembre, je reçois 4 photos (voir ci-dessous) mais quasiment sans commentaires. Je suppose qu'ils sont satisfaits de la solution adoptée.

J'attends les résultats de l'analyse de l'eau.

Evénements du forage avant la pompe


Qu'est-ce qui peut bien intriguer tous ces gens ?


C'est ceci. Mais de quoi s'agit-il ?
C'est l'extrémité d'un tuyau qui s'enfonce à près de 300 mètres sous terre.
C'est la tête du forage du Nianiane.



Après 7 ans, la décision est prise de voir ce qu'il y a sous ce couvercle.


Mahécor mesure, l'eau est à ... 2m50 !!!
Pour une suprise...



Le Président du forage va goûter ...
Et elle est bien bonne.

Le forage après la pompe


La pompe à main en gros plan à travers le grillage.


La pompe en pleine action grâce à 2 jeunes du village.


Les villageoises peuvent disposer gratuitement d'eau en libre service
et ceci à une centaine de mètres du village.



Le Chef du village règle la circulation.

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Projet Nianiane14

Système hygiénique intégré

Pour obtenir plus d'informations concernant l'importance et la description des latrines, reportez-vous au dossier abordant ce sujet.

Voici l'histoire de l'implantation de 40 latrines à Nianiane.

A la Toussaint 2001, j'emmène une délégation du village en visite chez le Docteur Ben Vanercke à Bargny.

Avec un talent pédagogique hors pair, qui plus est, teinté d'humour, le "Docteur Ben" explique pendant plusieurs heures l'évolution des latrines, l'intérêt de son système, la façon de l'utiliser, l'importance de se laver les mains et le système judicieux qu'il a mis au point pour que 5 personnes puissent se laver les mains avec l'équivalent d'un verre à goutte (voir photo de la page d'accueil).

Après mon départ, tout s'est joué en mon absence.

Le Docteur est allé au village afin de voir quels étaient les emplacements les plus judicieux dans chaque carré (ensemble de maisons d'une même famille). La manière de creuser les trous et de les cimenter fut également expliquée.

Une seconde visite a permis de vérifier l'avancement des travaux et de mettre au point la livraison.

Entretemps, le Docteur a réalisé les 40 dalles, chacune pesant 210 kg de ciment et de fer à béton.

Vint le moment de la livraison. Heureusement, Monsieur Abou Diouf, habitant Nianiane et Chef de Cabinet du Ministère de la Jeunesse, de l'Environnement et de l'Hygiène publique a participé en prêtant gracieusement un camion de son Ministère. En route pour Nianiane à 100 km de là.

Arrivée haute en couleur, tout le village est rassemblé: il faut descendre les 40 dales du camion et les mener dans les carrés.

Le travail s'organise (voir photos ci-dessous) sous la conduite organisée et inépuisable du "Docteur Ben".

Actuellement, les 40 latrines sont fonctionnelles, au plus grand bonheur de la population. Le confort apporté est inimaginable.

Voici les photos prises et légendées par le Docteur Vanhercke lui-même.


40 tuyaux de ventilation et quelques couvercles sélectifs.


Les 40 dalles attendent d'être chargées sur le camion (qui se trouve derrière le mur).


Le camion quitte Bargny, en route vers Nianiane.


L'équipe du "bureau technique" trace "la ligne des 7,5 cm" sur les tuyaux de ventilation.


Les enfants du village participent avec joie à l'action d'installation des latrines ventilées. Les voici en route avec quelques tuyaux de ventilation pour aller les déposer dans les concessions familiales.


Le maçon Doudou fait le garnissage de la fosse, trempé dans sa transpiration, mais il garde le sourire.


Hé oui, une dalle de béton de 210 kg, ça pèse! Heureusement qu'elle est de forme circulaire: une fois debout, on la déplace facilement.


La pose de la dalle sur la fosse... L'union fait la force.

Le sytème est tellement génial que d'autres villages ne vont pas tarder à demander d'installation de latrines chez eux (Ngouye par exemple).

Pour des détails concernant les principes et la structure des latrines, voir le dossier "Latrines".


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Projet Nianiane18

Moulin à mil

Pour plus de détails, vous pouvez vous reporter au dossier spécial sur les moulins.

Il semblerait que la répartition des tâches dans les familles sénégalaises réponde à une logique relativement simple: l'homme s'occupe des tâches extérieures, la femme s'occupe des tâches intérieures.

Malheureusement, les tâches intérieures au ménage demandent souvent une énergie surhumaine: aller puiser de l'eau, piler le mil, s'occuper de toutes les tâches ménagères (cuisine, lessives,...),... ce qui nécessiterait pour les femmes des journées de plus de 24 heures.

Afin d'humaniser le travail de la femme au foyer, nous développons une approche relativement simple:

  • Quelle est la tâche qui, dans la journée, prend le plus de temps?

Une fois la réponse apportée à cette question, nous voyons comment réduire le temps nécessaire à cette activité.

La question est alors une nouvelle fois posée, et une nouvelle solution proposée.

Arrive un moment où les conditions de vie redeviennent compatibles avec un certain niveau de confort, de Bonheur.

A ce moment, le pari est gagné.

La problématique du pilage du mil se présente en second rang, donc après la corvée de l'eau qui a été résolue par l'installation d'une pompe sur le forage du village.

Toutefois, nous désirons la résoudre en accord avec la Nature et la richesse des contacts sociaux. C'est pour cette raison que nous désirons installer un moulin à mil communautaire manuel et non motorisé.

A suivre dans le dossier "moulin à mil".


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Projet Nianiane19

Charrette pour le transport des enfants au Lycée

Les enfants du village doivent se rendre chaque jour à pied à l'école.

Les écoles primaires de Sagne et de Mbafaye se trouvent à environ 2 km, ce qui est une distance très longue mais encore abordable pour des enfants de 8 à 11 ans.

Toutefois, la seule école secondaire (lycée + collège) de la région se trouve à Niakhar, c'est-à-dire à 7 km de là, ce qui est impossible à faire journellement à pied.

La conséquence est que la quasi totalité des jeunes du village abandonnent leur scolarisation après l'école primaire. Seuls quelques élèves plus favorisés suivent les cours secondaires grâce à une mise en pension dans une famille à Niakhar. Le coût de cette opération n'est pas supportable par la majorité de la population.

L'idée pour combattre ce problème est double :

  • Construire à Niakhar un local permettant aux élèves venus de l'extérieur de la commune de se restaurer et de se reposer avant la reprise des cours de l'après-midi (cours interrompus de 12 à 15 heures) (voir dossier "scolarisation")
  • Trouver un système de transport scolaire permettant de conduire le matin les élèves des différents villages de la communauté rurale jusqu'à Niakhar et de les ramener le soir.

Un projet de transport a été analysé. Dans un premier temps, des vélos avaient été envisagés. Toutefois, cela posait plusieurs problèmes:

  • Difficultés pour les petites filles de pédaler dans le sable
  • Entretien du matériel
  • Coût à terme de l'opération
    • en fonction de l'augmentation de la population scolaire du village
    • en fonction de l'augmentation du nombre de villages qui désireront se joindre au projet
  • Problèmes de jalousie entre les jeunes du village et entre les villages
  • Problèmes de vol
  • Problèmes de sécurité (chutes, ...).


La jeunesse de Nianiane

Suite à plusieurs discussions avec des personnes éclairées, l'idée d'utiliser des méthodes ancrées dans les coutumes locales a vu le jour. Une simple charrette avec un cheval est un mode de transport commun et bien connu de la population. Il peut être mis en oeuvre par d'autres villages sans transférer une quelconque technologie ou une manière particulière d'envisager les choses.

Est alors venue l'idée d'une charrette communautaire. En priorité, ce système de transport conduirait les enfants le matin au Lycée et irait les rechercher le soir. Entretemps, la charrette serait disponible, moyennant une modeste contribution, pour différentes activités du village. Cet argent permettrait d'acheter la nourriture du cheval et de dédommager le conducteur.

Une charrette "modifiée" fut donc commandée et construite. Sa particularité est d'avoir de longs marche-pieds courant tout le long du plateau pour des raisons de confort et de sécurité.

Un cheval fut également acheté et cet équipage parcourt maintenant chaque matin et chaque soir le trajet du village au Lycée.



La nouvelle charrette scolaire de Nianiane

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